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Quelque chose manquait depuis longtemps, pas si longtemps – si l’on tente de mesurer le temps de façon un tant soit peu rationnelle ou classique, juste le temps compté du sain redémarrage – mais trop longtemps : les publications de Désordres, la maison d’édition de Laurence Viallet qui porte à présent son nom, en toute indépendance.
On a parlé ici de la fresque Yapou, bétail humain de Shozo Numa 1, 2 et 3, des Grandes espérances de Kathy Acker, on a dévoré Peter Sotos, David Wrojnarowicz… C’est donc avec une impatience fébrile qu’on attend le Quichotte de Kathy Acker – dans une traduction de Laurence Viallet –, une pièce maîtresse de cet écrivain indispensable. Il paraîtra le 18 mars.
En attendant, vous pouvez découvrir ou relire les publications de Désordres ou encore cet entretien paru chez Boojum.
Parfois, en rangeant la machine à écrire améliorée qui me sert d’outil, je retrouve des textes comme celui-ci, sur Impressions fugitives de Clément Rosset, écrit pour La Revue littéraire n°2. Ça me rappelle que j’ai quelques Rosset de retard…
Depuis Le Réel, traité de l’idiotie – fondateur pour bon nombre d’écrivains et d’artistes contemporains – Clément Rosset ne cesse d’interroger les figures du double comme symptôme de l’appréhension du réel, le principe de cruauté, le démon de la tautologie… À travers ce nouveau volume, ce sont les catégories de l’ombre, du reflet et de l’écho qui sont analysées en tant qu’elles constituent des « signatures » du réel, des compléments nécessaires qui en sont ses « attributs obligés ». De même que le héros de Gogol qui perd son nez part, en le recherchant frénétiquement, à la découverte de lui-même, se confrontant à étrangeté du monde extérieur, de même l’absence d’ombre, de reflet ou d’écho dans un objet esthétique (œuvre littéraire, tableau…) ne fait que mieux ressortir les lois immuables de la réalité en en révélant certains fondements sous-jacents.
Notre ombre, fidèle compagne de corps réels se mouvant dans un monde réel, peut, au gré des imaginations créatrices, se détacher du corps et s’enfuir à jamais – laissant un corps démuni, presque inexistant – ou même acquérir plus de réalité encore que le corps dont elle procède et tenter de se venger de lui1… Ainsi se dévoile la perspective inquiétante d’un monde inversé dans lequel l’obscurité – pour exploiter la polysémie du mot ombre –, ici une obscurité peuplée de doubles sadiques – prendrait le pas sur la réalité… Car l’ombre est une figure de l’esclave, une incarnation de la soumission, son émancipation jubilatoire – souvent l’ombre enfuie se déplace rapidement, avec espièglerie – pouvant être interprétée comme l’avènement débridé des désirs dans un monde normatif : « il existe en chacun de nous une espèce de désirs qui est terrible, sauvage et sans égards pour les lois. On la trouve même chez le petit nombre de ceux qui sont selon toute apparence mesurés »2. Le tout, lorsque la lumière revient, est d’être sûr de savoir reconnaître le Docteur Jekyll de Mister Hyde…
Autre forme de réflexion complémentaire, le reflet serait une sorte de versant positif de l’ombre puisque dédoublant l’objet reflété sans l’obscurcir. Sa disparition, quoiqu’en apparence moins démoniaque, s’avère en fait tout aussi funeste, le reflet envolé ou dérobé abandonnant un corps monstrueux, mutilé, voire vampire. Une éclairante analyse du mythe de Narcisse permet en outre à Clément Rosset de faire le point sur la question du dédoublement de soi et de l’introspection. Ainsi, De l’autre côté du miroir trouve t-on un monde inversé laissant parfois libre cours à la folie – dans la mesure où le monde « réel » serait empreint de sagesse…
L’écho, enfin, est le versant sonore de ces figures du dédoublement. Il possède toujours un effet de surprise car nécessitant des conditions spécifiques pour se manifester… On sursaute toujours en découvrant son écho avant de jouer avec lui ; gêne et plaisir caractérisent ce rituel de reconnaissance un peu onanique. On ne peut s’empêcher d’interpeller un écho, voire de lui poser des questions qui resteront forcément sans réponse et se répéteront ironiquement comme une allégorie de notre impuissance à maîtriser le réel, écharde métaphysique plantée au cœur de notre prétention gnoséologique. Ou comment les Impressions fugitives que sont l’ombre, le reflet, l’écho peuvent-elles, tout en constituant des outils matérialistes, être le théâtre de révélations ontologiques…
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Notes
1- Cf. « L’Ombre » de Andersen.
2- In Les Lois de Platon.
Impressions fugitives de Clément Rosset, Éditions de Minuit, coll. Paradoxe.
Des ptits instantannés de la soirée Daniel Foucard à la librairie Pensées Classées hier – chez qui on avait précédemment tourné une vidéo consacrée à CASSE. J’avais oublié la prothèse Mac qui me sert de Pola dans mon sac en début de soirée, et mon sac derrière le piano – eh oui, il y a même un piano chez Pensées Classées ! –, il manque donc Claro, Flore, Le Tampographe, Caroline, Claire, Anne, Frédéric, Ludovic, Vincent et autres Incultes, sans compter quelques panoramiques de la foule en délire, je n’en remercie pas moins tout ce beau monde chaleureusement car il y avait une certaine magie dans l’air.
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Nous sommes toujours en pleine relecture de Matière première– qui a failli être rebaptisé Produit non coupé (pour Rohstoff) sur une subtile suggestion d’Olivier Quintyn, c’était très séduisant mais on y perdait quand même en polysémie – de Jörg Fauser avec Marie Bouquet – la traductrice – et Anne-Laure Blusseau qui a eu la bonne idée de faire allemand première langue, ça nous est très utile. Je connais Anne-Laure depuis 2002 ou 2003 – je me répète, je sais, mais je suis incapable de me situer dans le temps – quand elle a été embauchée comme assistante d’édition chez Al Dante – nous travaillions à l’époque rue Nicolas Appert dans l’atelier de Marc Touitou, maître ès graphisme et typographie. Mon poste de travail – où je m’occupais de la collection &, de codifications et de communication – se trouvait devant la guitare de Marc et j’étais aux premières loges de ses pauses en forme de déchaînements électriques dignes d’un Hendrix. Il attendait Jean-Luc Moulène – parfois, je me glissais dans le bureau d’à côté pour les voir travailler –, Manuel Joseph écrivait dans la salle de réunion, les Tanger passaient nous rendre visite. L’ampli chauffait agréablement les jambes, les épreuves tremblaient et l’imprimeur, au bout du fil, se disait que la musique d’attente était quand même vachement forte, surtout qu’elle déboulait en pleine négociation de devis… Faut dire que c’était bien rock’n’roll à l’époque. Anne-Laure a quand même notamment réussi à y saisir – presque deux fois, mais c’est une longue histoire… –, corriger et maquetter l’intégralité de La Créatique ou la novatique d’Isidore Isou, 1392 pages, 2 kilos et 220 grammes. Je m’étonne que cela n’ait pas été inscrit dans le Guiness des records. La suite dans mes mémoires à paraître en 2043.
Vendredi, c’était donc la pénultième séance consacrée à Matière première ; après 5 heures de relecture et quelques bouchées de tarte à la framboise – et ses éclats de pistache –, j’ai sauté dans le métro direction Saint-Ouen pour entendre la lecture de Mille Milliards de Milieux de Claro. Remarquable lecture d’un remarquable livre que j’ai dévoré en sortant et dont je vous parlerais quand je m’en serai remise. En attendant, je vous signale d’autres présentations de Mille Milliards de Milieux, avec Claro himself, dans le cadre du festival Hors limites :
Vendredi 12 février à Montreuil :
– à 13h30 à la bibliothèque Robert Desnos (14 Boulevard Rouget de Lisle, métro 9, station Mairie de Montreuil) ;
– à 18h30 à la librairie Folies d’encre (9 Square de la Résistance, métro 9, station Croix de Chavaux).
Samedi 20 février au Bourget :
– à 17h30 à la médiathèque du Bourget (63 avenue de la Division Leclerc, bus 143, station Jean Jaurès – Division Leclerc).
Venez nombreux, plus douce sera la chute.
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Non, François Morice ne s’est pas fait chourrer ses vinyles – il me fouille toujours à la sortie, je ne sais pas pourquoi… –, en revanche, il a reçu Daniel Foucard dans son trésor de librairie – dont je vous ai déjà parlé, je crois – pour un entretien, en compagnie de Kolia Litscher, graine de graphiste talentueux qui fait un stage, en ce moment, aux Éditions Léo Scheer. L’occasion d’en savoir plus sur l’évolution de l’écriture de Daniel Foucard depuis Peuplements, sur la place de l’art contemporain dans son travail – en particulier en tant que personnage principal de Casse –, sur ses « maîtres » en littérature – et « peintrie »… et bien d’autres choses qu’il vous suffit de mater en cliquant sur « play » ci-dessous si le lecteur apparaît ou bien sur le lien de la vidéo qui vous redirigera vers Dailymotion.
Daniel Foucard publie CASSE: rencontre chez Pensées Classées
envoyé par laurelit
Le morceau de musique utilisé à la fin de la vidéo est de portradium, tiré de Portradium/Paul New publié par les éditions Dasein.
Comme on a passé un sacré bon moment, on s’est dit qu’on allait vous en faire profiter en organisant une nouvelle rencontre, publique, ce coup-ci, jeudi 11 février à partir de 19 heures, toujours chez Pensées Classées. Véronique Levy et Daniel Foucard liront des extraits de Casse et l’on conversera gentiment sur le pourquoi du comment et vice versa. Et puis on picolera vaguement, hein, comme d’habitude. Si vous êtes sages, l’auteur se fendra même de quelques signatures.
C’est drôle comme parfois la fiction s’invite dans la réalité. Après avoir passé le week end à regarder encore et encore des scènes de The Party – pour écrire un texte à paraître fin février dans Rouge-déclic –, une série de réactions en chaîne du plus haut comique ont perturbé le lundi ou comment l’achat d’une cafetière défectueuse peut virer à la catastrophe électrique. Au milieu de cette apocalypse rue de l’Arcade, nous avons reçu La Tour, avec quelques heures d’avance, ce qui est toujours une bonne surprise.
À présent, c’est le tour de Matière première de Jörg Fauser – Rohstoff, pour les germanophones – traduit par Marie Bouquet. C’est une drôle d’expérience de relire la traduction d’une langue que l’on n’a pas étudiée, je ne me débrouille pas si mal – enfin, tout du moins pour les vérifications de sens, tout ce qui est syntaxe, évidemment… –, le latin m’est d’une aide précieuse en la matière, avoir chanté des lieder de Schubert aussi… je fouille dans les dictionnaire, je mâchonne le rythme des phrases en langue originale… Je rassure les foules, il y a tout de même une seconde relectrice qui, elle, a fait allemand première langue. Quant à la lecture du livre, elle avait été assurée en amont par Arnaud Bongrand – membre de la grande et heureuse famille des stagiaires des Éditions Léo Scheer – pour qui l’allemand est comme qui dirait une seconde nature. J’attends la postface de Thibaut de Ruyter – il a notamment écrit la préface de Rome regards de Rolf Dieter Brinkmann aux excellentes éditions Quidam – dans quelques jours, nous devrions avoir fini la relecture, ce qui me permettra d’entamer la maquette. Jochen Gerner a réalisé la couverture de Matière première. Je lis ses livres chez l’Association, l’Ampoule, Arts Factory, Le Rouergue… depuis longtemps. C’est donc un honneur de l’associer aujourd’hui à un livre de la collection Laureli.
Un nouvel album de dDamage, c’est toujours une super bonne nouvelle, hein, pour toi et ton ORL qui va encore s’en foutre plein les fouilles en faisant semblant de récupérer quelques décibels irrémédiablement perdus en plein beat. Je n’ai pas encore mis la main sur Aeroplanes – ça à l’air normal vu que la sortie est annoncée aujourd’hui, 25 janvier – mais vu que j’écoute régulièrement Radio Ape depuis sa sortie en… euh… 2004 chez Planet Mu – waou, ça ne nous rajeunit pas, les gars… – s’en m’en lasser ni oublier Shimmy Shimmy Blade (Tsunami Addiction, 2006), je suis confiante. Je vous en reparlerai plus précisément dès que.
En attendant, vous pouvez déjà lire un entretien par ici ; je vous laisse également découvrir quelques vidéos des frères Hanak, Fred et JB, sur la genèse d’Aeroplanes. Enjoy !
Correction du 29 janvier : la sortie de l’album, c’est finalement en mars. Salivez, salivez.
Bonus track : animation d’après « Pressure », titre de Radio Ape :
Aeroplanes, dDamage chez Ascetic Music. Les disquaires qui l’ont pas sont que des bâtards.
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Le festival de la bande dessinée d’Angoulême commence le 28 janvier. Cette année, sur le site de Libé, Éric Loret nous offre un calendrier de l’avent franchement jouissif avec une bonne maîtrise des contraintes filmiques derrière une modeste décontraction. Sans parler d’un souci tonal dans l’inflexion vocale, avec une variation d’un demi ton voire un ton en tout et pour tout, selon les cases. Matez-le avant Goulême. Vous y découvrirez plein de trucs et même l’incontournable Joann Sfar – et son pot au lait, cf. vidéo – vous semblera supportable. Si c’est pas du grand art…
J’espère que l’auteur réitérera l’expérience pour le festival BD à Bastia qui a lieu du 8 au 11 avril avec une sacrée programmation, l’affiche de BlexBolex fait saliver, quand même.
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Un texte d’Hélène Bessette datant de 1961. Je l’aime beaucoup.