Depuis quelques semaines, je fais partie du comité d’administration de la Société des Gens de Lettres. J’en suis très fière et honorée, prenant très au sérieux le devenir du statut de l’écrivain – ce qu’on peut faire pour améliorer les choses aujourd’hui mais aussi penser à demain.

La SGDL, ce n’est pas quelque chose d’abstrait voire un peu vieillot. Il est vrai que son prestige peut lui conférer cette image. Forcément, c’est Balzac qui avait lancé cette idée d’une société de romancier en 1834… Et elle siège à l’Hôtel de Massa, à l’origine une « folie »* de Louis XVI qui s’élevait primitivement au coin du chemin du Roule (aujourd’hui, rue de la Boétie) et du chemin des Champs-Élysées, en pleine campagne alors. Au début du xxe siècle, les Champs-Élysées n’étant plus vraiment bucoliques, l’hôtel, classé monument historique, a été déplacé pierre par pierre dans le xive arrondissement. La SGDL l’occupe depuis lors avec d’autres associations.

tapisserieDonc oui, la SGDL a une histoire. Et justement, elle y reste fidèle. Créer cette société au xixe siècle, ce n’était imaginer, par désœuvrement, un club où se congratuler en fumant des cigares, mais bien défendre les intérêts d’auteurs souvent malmenés par ceux qui diffusaient leurs œuvres (et s’enrichissaient grâce à eux) : par exemple, nombre de romans paraissant en feuilletons étaient reproduits sans autorisation. Il était nécessaire d’instaurer une société de perception. C’est finalement en 1838 que la SGDL est fondée, par quatre-vingt-cinq écrivains parmi lesquels Honoré de Balzac, Victor Hugo, George Sand, Théophile Gautier ou Alexandre Dumas… Ils ont tous alors moins de quarante ans et œuvrent ainsi à la défense du statut de l’écrivain, le leur, celui des générations futures. La SGDL a été reconnue d’utilité publique en 1891. Jusqu’en 1983, elle a joué le rôle d’une société de perception et de répartition des droits (SPRD). Elle a créé en 1984 la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia), qui gère désormais les droits des documentaristes et des auteurs de radio. La SGDL, quant à elle, s’est recentrée sur ses missions culturelles, juridiques et sociales, et reste la référence quant à la réflexion nationale et internationale sur le droit d’auteur.

Voilà, à grands traits, pour l’histoire, qui peut expliquer, quand on la connaît mal, l’image parfois un peu désuète de la SGDL. Dans les faits, je peux en témoigner, c’est une société animée par des auteurs bien vivants qui donnent de leur temps et de leur énergie pour faire front face à un monde du livre très bien organisé, des enjeux sociaux et culturels cruciaux. C’est également une équipe salariée d’une efficacité aussi redoutable que sympathique.

Bref, rien de figé mais de l’action, du concret, des résultats.

La SGDL se manifeste dans le cadre de la politique nationale et européenne en faveur du droit d’auteur, des modifications législatives du Code de la Propriété Intellectuelle, du développement du marché du numérique, de l’avenir du droit d’auteur. Elle entretient un dialogue permanent avec les représentants du secteur du livre (Syndicat national de l’édition, Fédération Interrégionale du Livre et de la Lecture, Bibliothèque nationale de France…) et les pouvoirs publics (ministère de la Culture, Parlement…). Elle siège également au conseil d’administration des principales institutions de l’édition (Centre National du Livre, SOFIA, AGESSA, IRCEC, CFC…).

Ça faisait tellement d’années que j’entendais des auteurs se plaindre de telle indélicatesse de leur éditeur, d’une mise au pilon injustifiée, d’une énième absence de rémunération… sans pour autant agir. Moi-même, absorbée par d’autres missions, je dois avouer que je prenais parfois les choses à la légère et ne faisais que parcourir les contrats avant de les signer, ne me préoccupant guère des questions de répartition… Puis j’ai pris conscience du fait que considérer dignement son statut d’écrivain, y accorder de l’attention, c’était à la fois considérer son propre travail – donc s’y atteler avec encore plus d’enthousiaste nécessité… – et défendre les intérêts des autres auteurs… Et donc j’ai adhéré à la SGDL pour me préoccuper des questions collectives.

Le monde littéraire peut être très individualiste… et c’est ce qui pourrait le perdre. Il est inutile de dresser une liste de récents éléments de l’actualité qui tendraient à montrer qu’en ces temps de crise, la culture en général et le livre en particulier servent de bouc émissaire à une économie exsangue… Il en pleut tous les jours. Chiffres à l’appui, c’est bien évidemment faux, résolument faux. Il ne suffit pas de le clamer dans son pré carré. Il faut le faire entendre, défendre pied à pied les acquis du statut d’auteur mais aussi formuler des propositions.

Récemment, par exemple, la SGDL a ardemment défendu le nouveau contrat d’édition réalisé par le Conseil Permanent des Écrivains, conforme aux nouvelles dispositions légales entrées en vigueur le 1er décembre 2014. Elle en propose une version commentée en ligne.

Je n’ai pas l’intention ici de faire le tour de toutes les missions et de tous les aspects de la SGDL… d’autant plus que j’y débute au conseil d’administration. Il y a donc fort à parier que j’évoque prochainement en ces lieux des dossiers plus précis. N’hésitez pas, en attendant, à vous balader sur le site de la SGDL pour vous faire votre idée sur la question.

cartesgdlVous l’aurez compris, amis auteurs qui lisez ces lignes, si vous n’êtes pas déjà membre de la SGDL, je vous invite à y adhérer. Outre le fait de faire partie de cette dynamique vitale, vous serez notamment tenu informés des évolutions du droit d’auteur et des initiatives en faveur des auteurs ; pourrez participer à des sessions de professionnalisation ; serez invités aux manifestations culturelles régulièrement organisées à l’hôtel de Massa ; pourrez être en dialogue avec l’équipe concernant les questions sociales et juridiques…

Je précise que faire partie de la SGDL est tout à fait complémentaire du fait d’appartenir à d’autres associations d’auteur, sociétés de gestion collective des droits (SACD, SCAM, SOFIA…) ou organismes interprofessionnels (Maison des Écrivains…), autres institutions utiles et respectables.

 


 

* « folie » en ce sens : maison de campagne abritant des plaisirs plus ou moins clandestins…

Première illustration : tapisserie d’Aubusson sur un carton de Georges Rohner, 1956, hôtel de Massa, dépôt du Mobilier national.

Troisième illustration © Marc Pautrel.