Emmanuelle Lainé, 2008, Sans Titre, crayon sur papier, 50x50cm

Si vous passez du côté de la rue Saint-Claude, à Paris, allez donc voir l’exposition d’Emmanuelle Lainé (j’avais déjà parlé de son expo GOLDFINGIA) à la Galerie LHK. SUPELLEX enfonce le clou sans facilité – c’est-à-dire sans s’adonner à une recette permettant une identification facile, un classement pépère dans le monde de l’art contemporain (digression : ce n’est donc pas un hasard qu’Emmanuelle Lainé aime l’œuvre d’Emmanuel Hocquard, autre artiste – hyperonyme d’écrivain… – déjouant la notion de ressemblance et de comparaison) : des objets et des dessins déplacés ou plutôt déplaçants, aux textures sourdes ou dérangeantes. Mais Bruno Botella en parle mieux que moi :

« Emmanuelle Lainé est l’inventeuse d’un projectile sphérique en élastomère doté de pouvoirs rebondissants extrêmes dont la trajectoire imprévisible peut infliger des dégâts majeurs à tout espace qui se proposerait de la contenir. Son exposition réclame un soin attentif à son inertie au risque de voir s’écrouler tout ce qui l’entoure. Le ravage potentiel que contient cette grosse boulle molle appelée Extra-Balle est un appel à la turbulence et au vandalisme joyeux. Portée au regard elle démange la main de quiconque aurait l’idée d’y inscrire un geste et voir l’exposition emportée dans un grand tourbillon. Cette invention inaugure une série de recherches au cours desquelles Emmanuelle Lainé expérimente des matériaux, des formes et des assemblages pouvant constituer des objets relatifs à la dynamique tourbillonnaire, des accessoires instables permettant d’arpenter des milieux hostiles. On comprend alors que sa référence au free-surfeur Laird Hamilton est entièrement déprise de tout folklore sportif et californien. Il ne s’agit pas d’annexer une « sous culture » pour alimenter un vocabulaire de formes en mal d’exotisme. Emmanuelle Lainé et Laird Hamilton sont marqués par la même obstination de voir nos objets se métamorphoser et épouser le dynamisme d’un milieu chaotique pour y glisser un ou plusieurs corps.
Ici les inventions n’ont d’autre choix que de se profiler en fonction des ébranlements d’un écosystème en perpétuelle mutation. La démesure des voiles en fibres synthétiques, les énormes soufflets, les détails infinitésimaux du cuir, les constructions spongieuses et les membranes en élasthanne sont autant de prothèses et de combinaisons ajustées aux circonvolutions d’une nature en crise. Prototypes aux formes instables et caverneuses, ils ont l’élégance des méduses et autres tourbillons vivants adaptés aux milieux extrêmes. La prolifération des poignées, des manches, des fermetures éclairs, figure la métamorphose dont est issu cet appareillage et invite en retour à des postures improbables.

SUPELLEX est un terme latin désignant un groupe variable d’objets quotidiens. Définition vague d’un amalgame de mobilier et d’ustensiles, ce titre associe aux derniers travaux de Emmanuelle Lainé des qualités étrangement domestiques. Il ne s’agit plus d’un inventaire projetant une expédition vers des mondes nébuleux ou des sommets invisibles mais de confectionner le trouble à même notre quotidien. Ces meubles sont dotés d’une curieuse élasticité qui affecte directement leur entourage et en déjoue les coordonnées. Assemblages turbulents de matériaux hétéroclites ils basculent, coulissent, se déplient, se ferment, roulent, s’enroulent, claquent et rabattent sans que nous puissions leur donner une orientation définitive. Leur ordre précaire dessine une topologie mouvante où il nous est alors impossible de leur donner un semblant de repos pour meubler l’espace. »

SUPELLEX – Emmanuelle Lainé
Du 22 novembre à fin Décembre 2008
GALERIE LHK
6, rue Saint Claude
75003 PARIS
t +33 1 42 74 13 55