Lecture de Le Nombril d’or suivi de Tombeau d’Héraclite des Fez de
Georges Hassoméris (Éditions Voix, septembre 2003).

« À quoi sert le lynx ? À rien, comme Hassoméris ».
Emma Larsenn

« À quoi ça sert que Ducasse y se décarcasse ».
Gilles Cabut

« Ta dzoa trekei ».
Sagesse des nations.

« Les poètes courent ».
Traduction pratique.

« Asinus asinum fricot » : « les ânes ont des relations textuelles entre eux ».
Adaptation par Georges Hassoméris.

 

À une époque où la pensée matérialiste n’est souvent qu’une pose pour réfuter d’éventuelles accusations d’irrationalité ou de penchant lyrique trop appuyé, Georges Hassoméris prend à bras le corps la question du réel et de son appréhension, remontant à la source de la pensée ionienne – à travers les figures d’Héraclite, Démocrite ou Protagoras, notamment – traversant l’histoire de la philosophie pour en tirer l’essence : le matérialisme est toujours irrécupérable .

Ainsi que l’énonce Cyrille Bret en préface, Georges Hassoméris est bien un « fauteur de trouble » dans la mesure où, loin de cautionner une soi-disant transparence du monde et de la pensée, il révèle sa complexité et assume d’en refléter les contradictions par une écriture digressive à la fois extrêmement informée et spirituelle jusqu’au plus gros calembour. « La praxis de Georges Hassoméris prend source à l’intersection de l’Ionie matérialiste (…) et de la philosophie-Action, propre aux Cyniques ». Cet entre-deux donne lieu à un dispositif textuel débordant, au sein duquel l’image, le photo-montage côtoie le texte, les niveaux de discours se mélangent, la forme se constitue d’une multitude de topoi littéraires pour mieux affirmer leur caducité respective : il n’y a pas une forme adéquate de même qu’il n’y a pas une seule voix à l’œuvre, des slogans publicitaires suivant une citation de Nietzsche, une référence à Socrate manquant être recouverte par un tampon « Georges Hassoméris, made in Taiwan » – une façon de distancier le nombrilisme ionien à l’œuvre au fil des pages, de remettre une couche de pensée relativiste…

Ici, on l’aura compris, l’intertexte est roi, glosé, constellé et jubilatoire. La poésie est palimpseste, la poésie est patchwork – d’autres diraient aussi montage, cut-up, sample… La poésie est irrécupérable , fondamentalement, « de l’Antiquité à nos jours « & d’ailleurs elle n’existe pas « & merde pour ce mot…

Plus encore, la poésie est adresse, dédicace, étape dans la grande chronologie – « Devenir alors (brusquement) / Accro à la diachronie » – au sein de laquelle s’insinue le système pléthorique – irrécupérable , enfin ! – de Georges Hassoméris. Car il ne s’agit justement pas de littérature nombriliste (« Anthropos ma non tro (p) po ») mais de « metapoèmes », ainsi que les nomme l’aède Hassoméris, un « matérialiste du refaire » prenant en compte le grand concert des dires pour en jouer quelques notes sans oublier que « l’héritage a toujours &té crée au présent ». Qu’est-ce à dire, donc, de la modernité ? Un mouvement dionysiaque – ivre – d’arrachement à la tradition, toute honte bue. Le poème – écrit, action, etc.) est dans ce paradoxe – d’après l’adjectif grec paradoxos : « contraire à l’attente ou à l’opinion commune »…